La Bolivie était un rêve depuis longtemps. Aujourd'hui exaucé, ce rêve n'est que plus magnifique: j'aime ce pays, sa culture, ses traditions et ses mamies à nattes et jupes plissées.
On est arrivé ici directement au coeur du sujet, avec une fète populaire à Potosi: Los Ch'utillos. La fète commence le 24 aout, avec la procession de San Bartolome, patron de la fète, et se prolonge le week-end qui suit avec 2 jours de musique et de danses jusqu'à tomber d'alcoolémie (les boliviens boivent, c'est un fait). Comme beaucoup de fète
en Bolivie,c'est toujours un mélange de catholicisme et de rites andins, et c'est ça qui est interessant. Ainsi, notre ami Bartolome est un fin fumeur, buveur d'agua ardiente, et mangeur de coca. Il combat le diable "El Tio" qui sort de la montagne pour corrompre le petit peuple. Mais celle qui reste incontestablement la reine absolue des divinités andines, c'est la Pachamama, la terre-mère. Elle fait partie de tous les rites, de tous les moments. Ce jour-là, le 24, après prier San Bartolome, les familles se rendent en pélerinage sur la colline appelé "la Puerta", s'installent toute l'après-midi à un endroit à grand renfort de confettis, serpentins et biensur de chicha (la bière de mais), d'agua ardiente (shnapz locale à 96 degrés, pas mal...un peu fort...), de cerveza et surtout de coca. Là ils construisent une maison avec des pierres et y font des offrandes. C'est très impressionant, l'atmosphère est très
spéciale et forte.
On a commencé notre périple en Bolivie par ce qu'elle a de profond, ses racines andines, mais aussi en ce qu'elle a de plus dur, la réalité de son histoire. Potosi est l'ancienne ville impériale de l'époque coloniale, la plus riche et le centre du Nouveau Monde, construite au pied de celle qui fut à l'origine de sa création et de sa gloire, le "Cerro Rico", la montagne riche.
Les mines d'argent du Cerro Rico ont alimenté pendant des siècles les appétits voraces des envahisseurs européens, qui ont pu construire leur empires sur le sang des indigènes réduits en esclavage. Ils ont saigné les veines de la montagne tout autant que celles des populations andines.
C'est assez terrible de visiter les églises de la ville et de voir ce faste, tous ses trésors d'argent. On peut s'extasier sur le travail artistique des orfèvreries, mais on peut pas oublier comment ça a été obtenu. Aujourd'hui encore, des hommes continuent de travailler et de mourrir dans les mines, mais aujourd'hui c'est avec fierté qu'ils y travaillent, plus par domination. Leur conditions ne sont pas meilleures pour autant, la difficulté du travail est la même, la poussière, l'air suffoquant, la chaleur sont toujours là, et ils continuent de se battre pour revendiquer leur statut. Mais c'est leur vie et ils en sont fiers... et ils meurt à 40 ans. Cette montagne est leur histoire. La visite des mines est un moment fort et intense. On a rencontré Luis, ça fait 10 ans qu'il y travaille (y'en a qui meurt avant) dans les mines. Il gagne 8 bolivianos pour 1 kg d'argent!!! Ça fait 80 centimes d'euro, il doit sortir par jour, au minimum 30 kg pour rentabiliser sa journée: sans commentaires...
L'histoire bolivienne est triste et révoltante avec toutes ses guerres perdues et cette succession de vampires venus pomper les richesses de la Pachamama.
J'me dis souvent que c'est pas difficile de comprendre pourquoi les cultures antiques comme les incas crurent en l'existence de la terre mère, quand on connait toutes ses richesses minérales, mais surtout quand on découvre les paysages de la Bolivie, c'est absolument magnifique!!
Ce volcan par exemple, l'"Ojo del Inca" à Tarapayan, près de Potosi. C'est un lieu hallucinant, un cratère de volcan presque parfaitement rond, avec une eau à 35 degrés, où des bulles s'échappent et vous chatouillent de partout. On sent le volcan qui ronronne et l'eau qui vous caresse. Les incas connaissaient bien évidemment les lieux, et le vénéraient. Comme je les comprend, y'a beaucoup d'énergie qui se dégage de cette lagune, c'est presque difficile à décrire.
Ahhh Bolivie... je crois que c'est mon article le plus sérieux et le plus spirituel (plus que celui de l'Inde...), en tout cas ça m'inspire pas mal.
Un mois à Sucre
On a décidé de faire une pause de voyage, ça faisait 11 mois qu'on était sur les routes, Sucre a été notre chez nous pendant un mois. Un appart avec cuisine-salle de bain, des cours d'espagnol et un peu de volontariat (là ce sont les gamins de la garderie où je suis restée un mois), voilà ce qu'a été notre programme pendant ce temps... et ça fait du bien. Et Sucre, la ville parfaite: pas trop grande, il fait pas froid comme à Potosi (on est pas à 4000m d'altitude ici), et c'est la fète tout le temps. C'est une ville moderne, universitaire, bondé de jeunes fringués à l'occidentale, sortant dans les bars et se réunissant dans les parcs. Ça contraste pas mal avec le reste du pays, mais heureusement, il y a le marché, le coeur de la ville. Le Marché Central de Sucre est l'un des plus beaux d'Amérique Latine, et pour moi le plus beau que j'ai vu. On avait déjà not'es p'tites habitudes, après l'école (les cours d'espagnol), un p'tit menu au marché et jus de fruit pour le dessert: Ahhh c'était bien...
Allez une p'tite photo de mes chouchoux
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